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« Dans cette chronique des jours passés, je fais la chasse à l’amnésie et à l’imaginaire. Chaque bribe des récits exhumés ici reconstitue la mosaïque d’une réalité abolie ; proche comme si c’était hier, lointaine comme si c’était un épisode de la guerre de Trente Ans.

Il faut me croire sur parole, car beaucoup de témoins ne sont plus parmi nous. Ils ont emporté dans leurs tombes les infimes morceaux d’une réalité qu’ils étaient seuls à détenir. Comme par ailleurs la consultation des archives n’est jamais achevée — la dernière venue, surgie par hasard, pouvant imposer un cours nouveau aux événements anciens —, cette chronique de la vie locale reste ouverte. Demain, je n’en doute pas, elle sera complétée, corrigée. Rien ne serait plus ridicule en effet que prétendre donner une version définitive de l’histoire. En l’occurrence, malgré mes efforts, histoire et mémoire restent enlacées. Tout aspire à la vérité, presque tout est vraisemblable.

Les événements relatés ici sont survenus dans un pays de montagnes moyennes, de plateaux, de landes, de prairies et de bois, éloigné des centres urbains et des voies de communication qui comptent. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, des événements comparables se sont déroulés dans plusieurs autres chefs-lieux de canton de France à l’image de celui-ci. Dans beaucoup d’autres villages et petites villes d’Europe, les exactions commises et les souffrances endurées ont été, jugera-t-on sans doute, bien plus considérables et dignes d’intérêt. La tragédie survenue il y a plus d’un demi-siècle dans ce bourg du Limousin ne prétend pas rivaliser avec celle des milliers de villages polonais, ukrainiens, russes, serbes, grecs, italiens, allemands… qui ont fait des centaines de milliers, voire des millions de victimes pendant la même guerre. Elle est différente et semblable, ordinaire et unique. Il n’y a pas de petit et de grand malheur.

Les lieux où se sont déroulés les faits que je relate figurent sur les cartes. Les victimes et leurs familles sont désignées par leurs noms. Cette quête rétrospective leur appartient ainsi qu’a ceux, plus nombreux, qui ne sont pas nommés : les habitants du canton, vivants et morts, dont j’ai recueilli les témoignages et auxquels j’exprime ma profonde gratitude. » [p. 11-12]

© Jean-Marie Borzeix, Jeudi saint
Paris : Stock (coll. « La Bleue »), 2008, 192 p.
ISBN : 978234061606, 16 € (broché) [url/fr]

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