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Félix Fénéon (1861–1944) faisait paraître, de manière anonyme, entre les mois de mai et novembre 1906 dans le quotidien français Le Matin de courtes histoires, véridiques, faits divers relatant accidents, meurtres et curiosités sociales, dans une rubrique du journal intitulée Nouvelles en trois lignes. Seulement trois courtes lignes ! L’exercice est magnifique et tout le style de Fénéon s’y exprime, là, avec une économie et une efficacité qui fait rêver. Quatre exemples, parmi plus de 1200, ici au hasard, en français, à partir d’une belle édition publiée chez Macula :

« Aux environs de Noisy-sous-Ecole, M. Louis Delillieau, 70 ans, tomba mort : une insolation. Vite son chien Fidèle lui mangea la tête. » (161)

« Catherine Rosello, de Toulon, mère de quatre enfants, voulut éviter un train de marchandises. Un train de voyageurs l’écrasa. » (228)

« Au faite de la gare d’Enghien, un peintre a été électrocuté. On entendit claquer ses mâchoires, et il s’abattit sur la marquise. » (382)

« X s’était coiffé d’une casquette administrative. Il put à loisir couper 2 900 m de fil téléphonique sur la route nationale 19 » (1160)

Le corpus de ces « nouvelles en trois lignes » semble avoir été (re)découvert dans les années 40 et c’est Jean Paulhan qui en propose une première édition chez Gallimard (1948). Suivront d’autres éditions, chez Droz (1970 [url/fr]), Macula (1990 [url/fr]), au Mercure de France en deux tomes (1997 et 1998 [url/fr]).

En août 2007, l’ensemble de ces Nouvelles en trois lignes est traduit pour la première fois aux États-Unis chez New York Review Books (NYRB [url/ang]) avec une belle présentation de l’auteur Luc Sante, qui en assure également la traduction. L’année suivante, l’éditeur offre chacune de ces proses ultra-courtes comme « gazouillis » (tweets) quotidiens — deux ou trois fois par jour même ! — via Twitter. Composé d’environ cent à cent-trente-cinq signes typographiques tout au plus, c’est dire que l’exercice était tout indiqué — il y a plus de cent ans ! — pour une plateforme de microblogage (microblogging) comme Twitter, qui limite comme on le sait chacune des contributions à 140 caractères.

L’effet de cette lecture électronique est surprenant et heureux, le quotidien et l’esthétique du fil de presse initial est ainsi réinscrit dans une masse d’écrits qui aujourd’hui n’est accessible qu’en recueil. Difficile, personnellement, de lire disons… 75 ou 100 de ces petites proses, ou nouvelles, en un seul bloc de lecture. C’est faisable certes, mais la lecture devient redondante à l’occasion et les malheurs évoqués — parfois très violent — en une phrase ou deux — ne font que s’accumuler. C’est donc une lecture qu’il faut distiller, étendre, distendre, déposer, reprendre… et même, à petites doses ainsi, recommencer une fois le livre terminé. Mon exemplaire est à côté de mon lit depuis maintenant plus d’une année. Car il y a aussi cet « effet » Twitter, me faisant acheter le livre en français, puis à le rechercher après en anglais et même provoquer chez moi — pourquoi pas ? — ce désir de vouloir reprendre l’aventure sur Twitter… mais en français cette fois-ci.

Je rappelle qu’il n’est pas nécessaire de possédez un compte Twitter pour être averti des mises à jour du compte de quelqu’un d’autre — ici novelin3lines [url/ang]. Chaque compte possédant son propre fil RSS. Suffit alors de s’abonner à ce fil RSS et le placer dans son agrégateur de flux préféré, voire même son logiciel de courriels, par exemple Thunderbird.

[Ajout du 19/07/2011 : les nouvelles en trois lignes de Félix Fénéon — en français cette fois-ci — ont maintenant une présence sur Twitter [url/fr]. Ce n’est pas moi ! Mais en suis bien content]

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