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Martel_Cinemas_de_l'industrie_2009
Il reste encore quelques jours, jusqu’au 17 octobre, pour voir — ou revoir — l’exposition de Caroline Martel Cinémas de l’industrie à la galerie Dazibao, centre de photographies actuelles, 4001, rue Berri (coin Duluth), espace 202. De midi à 17 h [url/fr].

L’exposition comporte deux volets. L’un, Cinémas de l’industrie, situé dans l’espace principal de la galerie, est constitué de deux projections distinctes montrant des films industriels d’un côté et des « canons » cinématographiques de l’autre. De cette délicate mise en en relation de plans et de scènes, Caroline Martel fait voir — mais également entendre à l’aide de casques d’écoute — les relations qui existent entre les deux genres, a priori éloignés, mais également les échos ou parasitages, voir même les citations, que les images empruntent aux autres. L’effet est surprenant. D’emblée visuelle, Cinémas de l’industrie est aussi une œuvre captivante sur le plan sonore. Les casques d’écoute disponibles aux visiteurs donnent à entendre le montage sonore soit de l’une ou de l’autre des projections. Le visiteur peut donc « circuler » d’un espace sonore à un autre et y juxtaposer son propre « regard/montage ». Des relations inattendues surgissent entre les images et les sons, mais également à l’intérieur des séquences elles-mêmes, certaines images utilisant le « split screen » (voir la capture illustrant ce billet) ou faisant référence à des écrans encastrés dans des murs (pour Fahrenheit 451 par exemple). Plusieurs visionnages/écoutes sont alors nécessaires, permettant plusieurs combinaisons et permutations des matières visuelles et sonores ici en jeu. L’œuvre nous place également face à des images issues du cinéma industriel (comme Martel l’avait fait avec son précédent film Le fantôme de l’opératrice) dont le statut — dans notre espace visuel — est quelques fois « ingrats » : images d’utilité restreinte, usages corporatifs limités, sujets industriels et technologiques désuets, ayants droits difficiles à déterminer… Cependant, les pertinences visuelles, culturelles et historiques sont ici indéniable.

L’autre volet, La Chimie du temps, est également une projection, située dans la plus petite salle obscurcie de la galerie, où Martel montre à voir dans une séquence montée toute une série de dégradations visuelles que le temps et la lecture de ces images — et forcément leurs migrations vers des formats numériques — laisse sur les pellicules. Au-delà de cette « esthétique de la ruine », la vision ainsi offerte nous place, comme spectateur, à questionner en plusieurs points notre compréhension… par exemple des archives cinématographiques; à prendre en considération les statuts d’original et de copie, puis être conscients des efforts placés dans leurs restauration et préservation. Ce n’est aucunement didactique ni un documentaire sur la préservation de la pellicule. Les questions — je suis certes archiviste et travaille à l’occasion avec de la pellicule — surgissent pour ma part littéralement de l’écran : est-ce que la dégradation de l’image — ainsi visible et montrée — détermine d’emblée le statut d’archives à l’image ? À partir de quel moment une image devient-elle un document d’archives ? Qu’advient-il de la pellicule originale lorsque la restauration redonne une vue « originelle » que l’originale n’a — dans certains cas — jamais eue ? Bref, La Chimie du temps est une œuvre qui à le mérite de poser beaucoup de questions sans vraiment y répondre… mais ce n’est pas le but ici. Un colloque entier serait nécessaire pour aborder certaines de ces questions, ce qui en dit beaucoup sur la pertinence de ce travail et de cette exposition.

Caroline Martel à le mérite de nous offrir ainsi ces questionnements — liés à notre culture visuelle — qui demeurent toujours d’actualité et qui démontrent un haut niveau de recherche — et une cohérence artistique — chez cette documentariste hors normes.

En complément à cette exposition, deux événements uniques et de grands intérêts s’ajoutent à la programmation :

Vendredi 9 octobre 2009, dans le cadre des rencontres FNC LAB, l’archiviste, écrivain, théoricien et cinéaste Rick Prelinger (collaborateur de Caroline Martel notamment sur son précédent documentaire Le fantôme de l’opératrice) sera présent à Montréal et propose The Archive We Don’t Know, une œuvre réalisée « sur demande » et en direct. Le film abordera « les problématiques de l’archive sous forme de conférence, performance et projection ». C’est à l’Agora du Coeur des Sciences de l’UQÀM [url/fr] ~ 17 h ~ entrée gratuite.

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Lundi 12 octobre 2009, Rick Prelinger dirige une classe de maître avec textes et images — cette fois-ci assisté de Caroline Martel. C’est à la galerie Dazibao [url/fr] ~ entrée gratuite (mais il est impératif de réserver une place dès maintenant afin d’obtenir l’heure de l’activité).

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