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Deux importants photographes qui ont notamment beaucoup documenté le jazz décèdent à une semaine d’intervalle : Ted Williams et Roy DeCarava.

La semaine dernière (le 13 ou le 20 ?) décédait le photographe Ted Williams. Il avait 84 ans. C’est le site du périodique JazzTimes qui nous l’apprend [url/ang]. Photojournaliste ayant beaucoup documenté les luttes des droits civiques américains ainsi que la guerre du Vietnam, Williams avait aussi un amour profond pour la musique et les gens.

On peut visiter en premier lieu le site Web du photographe pour prendre — un peu — la mesure de son travail exceptionnel évalué à plus de 90 000 photographies [url/ang]. Il y en a de très belles… beaucoup même. J’ai noté au passage celle de Thelonious Monk de dos, au festival de Newport en ’58. La Gallery M de Denver (Colorado) a aussi de très belles pages sur son travail avec notamment une courte biographie et un portefolio sur le thème du jazz [url/ang].

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Puis, The New York Times annonce le décès du très grand Roy DeCarava. Il avait 89 ans [url/ang] + [url/ang]. Aussi, la nécrologie du Los Angeles Times [url/ang].

L’œuvre de DeCarava déborde aussi le monde du jazz. Il aura été tout simplement l’un des photographes américains les plus importants. The New York Times propose une galerie Web avec une quinzaine d’images [url/ang]. C’est très, très beau ! Coltrane et Ben Webster par exemple à faire pleurer… et tout le reste.

Parce qu’il aura documenté le peuple américain, le peuple noir, dans toute sa gloire, ses difficultés, ses débordements et son « obscurité », le monde du jazz aura été aussi dans son champ, sur sa route… logiquement, évidemment. En 2001, il faisait paraître chez l’éditeur Phaidon un livre absolument essentiel et d’une beauté sidérante : « The Sound I Saw: improvisation on a jazz theme » et en version française : « Le son que j’ai vu : improvisation sur un thème de jazz » [url/ang]. L’ouvrage se concentre essentiellement sur la scène musicale d’Harlem depuis la fin des années ’50 et les années ’60. Mais dès 1955 la vie et les habitants d’Harlem déjà avec l’intime collaboration du poète américain Langston Hughes dans un ouvrage, encore là, fondateur : The Sweet Flypaper of Life [url/ang] — présentement épuisé en anglais (je crois bien ?) et toujours inédit en français ! Beaucoup d’autres éléments de sa trajectoire personnelle sont fondamentaux : a étudié la peinture, aura été galeriste et enseignant aussi, premier photographe noir a se voir remettre une bourse Guggenheim. Récemment, et plus souvent dans expositions collectives, certaines de ses photographies figuraient notamment dans l’exposition Le siècle du Jazz au Musée du quai Branly (17 mars au 28 juin 2009 [url/fr]). Ou encore lors de Photographs by the Score: Personal Visions Twenty-Some Years Apart au Art Institut of Chicago (7 octobre 2006–14 janvier 2007 [url/ang]). Finalement, individuellement il aura été peu documenté (4 ou 5 monographies ?) contrôlant avec « excès » semble-t-il la manière d’exposer son travail. Il faudrait alors y revenir, détailler, creuser et croiser son travail et pourquoi ne pas ensuite l’exposer… à Montréal !?

Pour qui voudrait le voir et l’entendre — et voir son regard ! — ici par exemple où il était l’invité de l’animateur Charlie Rose à son émission du 21 mars 1996 [url/ang-14 min 34 s] au moment d’une grande rétrospective au Museum of Modern Art de New York (25 janvier 1996–7 mai 1996 [url/ang]). Pendant cette trop courte entrevue, questionné à savoir ce qu’il regrette ne pas avoir pu photographier, DeCarava répond simplement… le vent. Il le dit avec ce même désir — technique, mais aussi poétique — qu’un autre grand documentariste, cinéaste celui-là — Joris Ivens — qui s’était justement et magistralement obstiné dans les dernières années de sa vie à l’enregistrer et le filmer pour « Une Histoire de vent » (1988). J’ai pensé à lui aussi ce soir.

Récemment, à l’age de 88 ans, il recevait le journaliste Budd Mishkin de la chaine de nouvelles newyorkaise NY1. Le reportage du 25 février 2008 est accessible ici [url/ang-6 min 51 s].

Parce que le jazz n’est pas qu’une musique, mais aussi l’un des fondements de la nation américaine avec tout ce que cela représente, ce mouvement — ce vent ! — aura donc été documenté exceptionnellement par ces deux grands artistes, au même titre qu’ils auront documenté une guerre, une lutte et l’obtention d’un droit, une époque, un quartier populaire. Ce travail essentiel — autant documentaire que poétique — demeure avec nous aujourd’hui et pour les générations à venir.

[Addenda du 30 octobre : un beau billet sur le blog The Online Photographer [url/ang] signale, en plus des propos même du billet, des liens vers d’autres ressources pertinentes qui surgissent suite à l’annonce du décès de Roy DeCarava, comme cette très belle entrevue audio sur la radio américaine NPR.org [url/ang-18 min 10 s]. Il faut également prendre le temps de lire les commentaires laissés à la suite de ce billet]

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