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Robert_Kramer
Quelques réflexions ce matin convergent… et font sens, du moins chez moi : voilà 10 années — déjà ! — depuis le décès du cinéaste Robert Kramer et 20 ans — déjà ! — depuis la chute du Mur de Berlin. Puis, comme libérées, ces trois moments clés suivants et une série de souvenirs et d’images qui reviennent et se font échos depuis quelque temps déjà :

1 ¬ Route One/USA (1989), œuvre ample et magistrale de plus de 4 heures qui n’a toujours pas fini son travail sur moi — filmée justement pendant une campagne électorale américaine, celle que devait remporter George H. W. Bush (le père) et qui demeure un film encore à ce jour inégalé tant il donnait à voir un condensé d’Amérique — une traversée du pays et de son histoire à partir du Nord, de la frontière canadienne jusqu’au bout du bout de la Floride — une trajectoire via la route nº 1 dans une Amérique qui avait perdu pied depuis quelques années déjà et qui allait s’enfoncer quelque temps après dans une première guerre du Golf. J’ai gardé de beaux souvenirs de la musique de Barre Philips avec Pierre Favre et Michel Petrucciani, notamment à l’ouverture du film sur des images de New York — magistrale;

2 ¬ Berlin 10/90 (1990), long plan-séquence de 60 minutes dans une chambre d’hôtel de Berlin, vu à l’époque dans la minuscule salle du cinéma Parallèle à Montréal (avant son déménagement) lors d’une édition du Festival du Nouveau cinéma (avant…). Si je me souviens bien, le film n’était pas tant un documentaire sur Berlin, alors en pleine déconstruction/réunification/reconstruction, mais un retour sur son propre cinéma, sur sa présence, sa vie… un autoportrait à ce moment-là précis de l’histoire;

3 ¬ Starting Place/Point de départ (1994), autre retour de Kramer, celui-ci au Viet-nam après y avoir été en 1969 comme militant anti-impérialiste et cinéaste avec People’s War/La Guerre du Peuple (1969). Retour sur l’indépendance nationale notamment, sur les gens, les travailleurs, les jeunes… et le constat que certaines contradictions entre le passé et le présent subsistent toujours. Mais retour aussi, émotif, avec la militante Linda Evans, qui y était en 1969, mais qui y sera condamnée en 1985 à une lourde peine de 40 ans de prison.

Trois moments forts donc, qu’ils vaudraient intégrer et replacer dans son œuvre entière tellement elle est prenante, prégnante, essentielle et cohérente. Il disait lui-même que son travail composerait probablement un long film, une seule histoire imbriquée dans un processus continu, en développement. Revenir également sur son travail des années soixante, avant Ice (1969) au sein du collectif Newsreel (la part immergée de l’iceberg) et même en amont, son « éducation » comme il dit en parlant de l’importance de la génération beat, du jazz et du cinéma indépendant. Un projet semble d’ailleurs amorcé afin de publier son catalogue entier en DVD, ce qui permettrait d’effectuer enfin un juste retour sur le travail, d’identifier les concordances. Ce sera un événement important. En attendant, il ne faut pas manquer — lorsqu’il y en a ! — toutes les projections sur grand écran, car Kramer était aussi un très fin cadreur et monteur (comme Cassavetes) et cela mérite la salle noire et toute notre attention.

Depuis son décès en 1999, il faut signaler qu’il aura bénéficié justement de plusieurs projections importantes (par exemple, Milestones (1975) dans une nouvelle copie 35 mm présentée au 40e anniversaire de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2008) et certaines rétrospectives, en France, mais également au Japon et aux États-Unis. Puis, progressivement, l’édition de DVD : en France, l’exceptionnel Route One/USA (1989) aux Éditions Montparnasse [url/fr], puis Cités de la plaine (2000) aux Films du Paradoxe [url/fr], film posthume réalisé en 1999 et terminé par le producteur et collaborateur Richard Copans et avec l’aide de Keja Ho, la fille du cinéaste; en Allemagne, Notre nazi (1984) au Edition Filmmuseum conjointement avec Wundkanal (1984) de Thomas Harlan [url/ang]. En 2001, l’Institut de l’image d’Aix-en-Provence faisait paraître deux ouvrages importants : Points de départ. Entretien avec Robert Kramer de Bernard Eisenschitz et avec la participation de Roberto Turigliatto [url/fr] et Trajets à travers le cinéma de Robert Kramer [url/fr] conçu et réalisé par Vincent Vatrican et Cédric Venail.

Finalement — et il faut s’en réjouir ! — les archives personnelles de Robert Kramer sont aujourd’hui entreposées à l’Institut Mémoires de l’Édition Contemporaine (IMEC [url/fr]). C’est, je crois, une étape importante et considérable. Combien de cinéastes américains, de surcroit exilés, voient leurs archives intégrées à un tel ensemble ? Très peu. Le fonds comprend notamment des photographies de repérage ou de tournage, les scénarios de ses films – ainsi que les films dans leur version finale – mais également une importante correspondance, ainsi que tous les manuscrits de son travail littéraire. Cette très bonne nouvelle ainsi que la publication – éventuelle ? – de son œuvre en DVD laisse présager une belle postérité, active et riche et en mouvement, pour le grand Robert Kramer.

One Comment

  1. Nous vous informons que le DVD « Wundkanal » regroupant le film de Thomas Harlan « Wundkanal » (1984) et celui de Robert Kramer « Notre Nazi » (1984) est sorti en France en mars 2010. Editeur EDITION FILMMUSEUM / distribution CHOSES VUES. V0 : allemand et français, sous-titres : français.


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