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Célébration du centenaire de la naissance de James Agee ce 27 novembre. Décédé beaucoup trop tôt à l’âge de 45 ans, dans un taxi en se rendant chez son médecin. Malgré la fulgurance, il aura marqué plusieurs générations de journalistes, critiques, scénaristes, cinéastes, écrivains, poètes, activistes… car en fait, il aura réussi à être tout ça d’une manière assez exceptionnelle et ce, sur une courte période d’environ 20 ans. Les échos de cette influence résonnent encore aujourd’hui, plus de 50 ans après son décès, au moment où l’on explore l’ensemble de son travail d’une manière plus précise. Il importe de signaler qu’une série de manifestations était organisée par la Knox County Public Library, à Knoxville sa ville natale, afin de souligner le centenaire. La programmation comprenait notamment un festival de films ainsi que de multiples rencontres, communications et projection d’un documentaire sur sa vie et son travail [url/ang].

Pour ma part aujourd’hui, une petite chronologie, non exhaustive… que j’adapterai et bonifierai à l’occasion ainsi qu’une transcription d’un de ces textes [plus bas].

:: 1909 ::
27 novembre, naissance à Knoxville, Tennessee (États-Unis).

:: 1932 ::
Diplômé de la Harvard University; entre immédiatement comme journaliste au périodique Fortune.

:: 1934 ::
À 25 ans, publication d’un très beau recueil de poèmes et de courtes proses « Permit Me Voyage » (1934), introduit par une figure des lettres américaines de l’époque : le poète Archibald MacLeish, qui travaille aussi pour Fortune. [Note : MacLeish deviendra plus tard le bibliothécaire en chef de la Library of Congres pendant toute la période de la Seconde Guerre mondiale].

:: 1936 ::
À l’été, pendant huit semaines, voyage avec le photographe Walker Evans dans le Sud des États-Unis, documentant les effets dévastateurs de la crise économique chez des métayers d’Alabama. Au départ grand reportage pour les pages du périodique Fortune, l’enquête socio-ethnographique deviendra par après un des livres les plus significatifs de l’histoire des États-Unis (plus tard publié en 1941).

:: 1939 ::
Journaliste littéraire au périodique Time.

:: 1941 ::
Publication du livre « Let Us Now Praise Famous Men » (1941) chez Houghton Mifflin. Transporte son travail dans les colonnes cinématographiques du Time.

:: 1942-48 ::
Deviens critique cinématographique pour l’hebdomadaire The Nation.

:: 1946 ::
Quitte officiellement Time Inc., corporation qui publie Fortune, Time et Life.

:: 1948 ::
Collabore avec la photographe Helen Levitt et la peintre Janice Loeb au documentaire « In the Street » (1948). Lors de la cérémonie des Oscars l’année suivante, le film reçoit une nomination dans la catégorie Meilleur documentaire. Le film intègre en 2006 le National Film Registry (États-Unis) afin d’en assurer la conservation permanente.

:: 1948-49 ::
Rédige la narration et les dialogues pour « The Quiet One » (1949) de Sydney Myers, sur un scénario d’Helen Levitt, Janice Loeb et Sydney Myers. Lors de la cérémonie des Oscars l’année suivante, le film reçoit deux nominations : dans les catégories Meilleur scénario original et Meilleur film documentaire. Initialement, c’est la voix d’Agee qui enregistre la narration, mais c’est plutôt la voix  du comédien Gary Merrill qui est finalement choisi.

:: 1950 ::
Collabore avec le réalisateur John Huston au scénario du film « The African Queen » (1951), une adaptation du roman du même nom de Cecil Scott Forester. Lors de la cérémonie des Oscars l’année suivante, Humphrey Bogart remporte l’unique Oscar de sa carrière dans la catégorie Meilleur acteur. Le film intègre en 1994 le National Film Registry (États-Unis) afin d’en assurer la conservation permanente.

:: 1951 ::
Publication du roman « 
The Morning Watch » (1951) chez l’éditeur Houghton Mifflin.

:: 1952 ::
Rédige un scénario (non-réalisé) sur la vie d’Abraham Lincoln.

:: 1953 ::
Rédige un scénario (non-réalisé) à partir des journaux intimes de Paul Gauguin

:: 1954 ::
Rédige le scénario du film « The Night of the Hunter » (1955) de Charles Laughton, une adaptation du roman du même nom de Davis Grubb. Le film intègre en 1992 le National Film Registry (États-Unis) afin d’en assurer la conservation permanente.

:: 1955 ::
16 mai, décède d’une crise cardiaque, dans un taxi, à New York, en se rendant chez son médecin.

:: 1957 ::
Publication (posthume) du roman « A Death in the Family » (1957) chez l’éditeur McDowell-Oblensky.

:: 1958 ::
Le roman « A Death in the Family » (1957) remporte le prix Pulitzer dans la catégorie Fiction.

+++

La première chronique d’Agee dans les colonnes de l’hebdomadaire The Nation en 1942 est souvent considérée comme son manifeste en regard de la critique cinématographique. Il aura publié des textes beaucoup plus puissants et des analyses plus précises et ce, dans d’autres domaines que le cinéma, mais la lecture de l’Éloge de l’amateur demeure encore aujourd’hui pertinente, du moins cohérente avec l’ensemble de son travail d’auteur. Il revendique notamment que le statut d’amateur « n’est que partiellement un handicap. C’est aussi une définition. » Je vous laisse lire le texte que j’ai retranscrit ici :

Éloge de l’amateur

J’aimerais que cette chronique de cinéma serve à faire honneur aux films qui le méritent tout en intéressant le lecteur et en lui étant utile. Que je sois qualifié ou pas pour cette tâche est une question à laquelle je ne saurais répondre. Je commencerai néanmoins par décrire ma situation de critique potentiel.

Je suis sans doute, et beaucoup plus qu’on ne pourrait croire, dans la même situation que vous : profondément intéressé par le cinéma, habitué dès l’enfance à voir des films, à y réfléchir, à en parler, mais entièrement, ou presque entièrement dépourvu d’expérience, ou de connaissances même de seconde main quant à leur mode de fabrication. Si ce constat n’est pas trop éloigné de la réalité, alors nous commençons sur un pied d’égalité, avec les mêmes handicaps, et je n’occupe cette place qu’à deux titres. Mon travail de critique amateur parmi d’autres critiques amateurs consiste à animer la moitié d’une conversation. Et je serai seulement utile et intéressant dans la mesure où mes considérations d’amateur seront pertinentes, stimulantes ou éclairantes.

Que mon propre jugement et le vôtre soient ceux d’amateurs, cela n’est que partiellement un handicap. C’est aussi une définition. Cela risque même de se retourner en avantage, dans la mesure où toute préoccupation professionnelle liée à la technique, au box-office, aux usages néfastes ou tout simplement à ce travail précis brouille parfois le jugement ou modifie le point de vue. Ainsi, je m’adresserais volontiers à un metteur en scène aussi talentueux que John Ford avec un grand respect pour son habileté technique et son sérieux, mais je pourrais en même temps regretter quatre-vingt-dix-neuf pour cent des Raisins de la colère et être en mesure de justifier mes regrets ; pour décider si j’ai tort ou raison, seule sera à incriminer la maturité de mon jugement, mais certes pas ma qualité d’amateur ou de professionnel. D’un autre côté, si j’étais professionnel, je comprendrais tellement mieux la complexité de la fabrication d’un film que je me montrerais beaucoup plus prudent que la plupart des critiques pour décerner le blâme ou la louange. De fait, si l’on voulait déterminer toutes les raisons de cette espèce d’échec sublime, il faudrait analyser aussi bien une industrie, une forme de gouvernement et un climat culturel d’un film.

Comme amateur, je dois donc m’efforcer de reconnaître ma propre ignorance et ne jamais m’excuser de ce que mes yeux me disent quand je regarde l’écran, ou l’évidence s’exhibe par-delà toute excuse, disponible à l’œil qui voit et à l’esprit qui la reconnaît.

James Agee
The Nation, 26 décembre 1942

(Transcription faite à partir de la traduction de Brice Matthieussent, publiée dans le recueil Sur le cinéma, l’unique édition française des textes d’Agee sur le cinéma établie et présentée par Patrice Rollet, Paris, Cahiers du cinéma, 1991. ISBN 97828664211240 [url/fr]).

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