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Article intéressant dans The New York Times [url/ang] à propos des défis que représente la préservation des documents créés numériquement (« born-digital » materials) et plus particulièrement d’une exposition à l’Emory University (Atlanta, Georgie, États-Unis) des archives littéraires de l’auteur Salman Rushdie, celles-ci constituées notamment d’une grande quantité de documents créés numériquement, répartis dans 4 ordinateurs et 1 disque dur externe, soit 18 gigaoctets de données. L’article comprend une vidéo détaillant l’environnement de consultation du fonds d’archives développé pour l’occasion et accessible par le truchement d’une borne d’accès, localisée physiquement dans les locaux de la Robert W. Woodruff Library de l’université Emory.

En plus de prendre en charge environ 32 mètres linéaires de documents (soit 215 boîtes), l’une des particularités de cet effort de préservation réside dans l’émulation de l’environnement électronique de travail du plus ancien des ordinateurs de Rushdie, un Macintosh Performa 5400 d’Apple, que l’auteur possédait à l’époque. L’émulation du système d’exploitation OS7 et autres logiciels connexes permet dans ce cas-ci d’accéder au contenu du disque dur (regroupant des documents de 1992 à 2002), toute son organisation interne (la hiérarchie des dossiers et sous-dossiers) et aux multiples versions de ses écrits (ainsi que calendriers, notes — Mac Stickies et courriels — Eudora), mais aussi de « reproduire » à l’identique le bureau de travail de son ordinateur (desktop), de naviguer dans le contexte électronique de production littéraire de l’auteur, d’accéder aux diverses applications utilisées et même explorer le contenu de la corbeille (!?) tel que remplie la dernière fois. À partir de la fin des années 80 jusqu’en 2006 (date de l’acquisition du fonds), l’institution possède presque la totalité de la « vie numérique » de Rushdie. Dans son ensemble, le fonds comprend des documents débutant en 1947 (date de sa naissance) jusqu’à 2008.

L’article cependant n’éclaircit pas — ce n’est certes pas le but ici — toutes les interrogations qu’une telle opération de préservation archivistique implique et comporte même cette surprise, voulant qu’aux yeux de l’équipe qui a réalisé cette émulation, elle soit l’équivalent de la reproduction du bureau, de la chaise, de la plume fontaine et du papier que Charles Dickens a utilisé, et permettrait ainsi aux visiteurs de s’asseoir et de griffonner des notes sur une copie d’une version préliminaire de « Bleak House ».

« To the Emory team, simulating the author’s electronic universe is equivalent to making a reproduction of the desk, chair, fountain pen and paper that, say, Charles Dickens used, and then allowing visitors to sit and scribble notes on a copy of an early version of “Bleak House.” »

Pour ma part, je ne crois pas que l’environnement électronique reproduit ici soit en fait cet exact équivalent. En partie seulement. Cela n’écarte aucunement que Rushdie se soit assis, lui aussi, concrètement sur une chaise, près d’une table de travail pour y travailler certes avec son ordinateur, et je ne vois pas non plus l’intérêt pour un chercheur — sérieux ou non — d’annoter (voir même corriger !) de sa main les versions préliminaires des textes de Rushdie. De plus, le contexte de travail, dans ce cas-ci le desktop de l’ordinateur et ses constituants, certes très informatifs, n’est pas pour autant un contexte de recherche scientifique favorable. Je le redis autrement : le contexte de création d’origine n’est pas à confondre avec le contexte de recherche actuelle. L’équipe a donc adjoint à cet environnement émulé, un moteur de recherche permettant l’interrogation plein texte du contenu du disque dur, ainsi qu’un instrument de recherche de la totalité du fonds d’archives [url/ang] et des rubriques d’aide à la consultation.

Personnellement, j’aimerais en connaître davantage sur les pratiques de sélection des documents créés numériquement ici en place, un processus inhérent et primordial — à l’instar des concepts d’évaluation — et à la base de tout effort de préservation archivistique. Et comment faire en sorte « d’équilibrer » les résultats suite à une requête globale dans le fonds d’archives, celui-ci étant constitué d’une partie interrogeable plein texte et d’une autre partie qui ne l’est pas ? L’article ni les ressources supplémentaires sur le site de la bibliothèque ne donnent ce type de détails liés au projet, trop pointus j’en conviens. De plus, la véritable avancée que permet la reproduction précise de l’environnement électronique de travail en matière de génétique textuelle n’est pas encore (re)connue. Les futures recherches dans le fonds le diront.

Il faut saluer cependant le gigantesque effort entrepris par la Manuscript, Archives, and Rare Book Library (MARBL) de l’université Emory et son équipe. Comme le signale Erika Farr, directrice des initiatives « born-digitals » à la Robert W. Woodruff Library, aucun autre endroit au monde n’offre actuellement d’accès, via une émulation, à des documents créés numériquement. Ce projet et les efforts consentis représentent une étude de cas extrêmement intéressante et certainement l’une des plus spectaculaires car liée à un auteur contemporain de renommée internationale.

Pour plus d’information et surtout poursuivre la réflexion sur ce « chantier » archivistique de premier ordre, il faudra donc s’en remettre à la page de la Manuscript, Archives, and Rare Book Library (MARBL [url/ang]) de l’université Emory et suivre les liens pour y retrouver d’autres informations supplémentaires — et capsules vidéo [url/ang] — sur les détails de l’opération. Surtout, le texte « The Author’s Desktop », plus fouillé et publié dans le dernier numéro (hiver 2010) du Emory Magazine [url/ang].

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