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Le message est « important » comme son titre l’indique, mais demeure un peu court. Voici intégralement le communiqué émis le 18 juin dernier par le Ministère des Affaires étrangères du Canada :

« Le Centre culturel canadien entreprend un processus de transition des quelques 18,000 ouvrages de son Service de documentation et de sa Bibliothèque vers une ou des institutions qui seront en mesure d’optimiser leur utilisation.

Le Service de documentation et la Bibliothèque du Centre culturel canadien seront donc définitivement fermés au public à compter du 25 juin 2012.

Nous ferons connaître le ou les noms des institutions auxquelles seront transférés les livres et les outils du Service dès que les détails seront réglés.

Nous nous excusons des inconvénients que cette fermeture occasionne et vous remercions de votre compréhension. » [url/fr]

Court comme communiqué dis-je… car il faut se rappeler que cette ressource documentaire, instaurée suite à l’ouverture du Centre culturel canadien à Paris en 1970 (sous le gouvernement libéral de Trudeau) localisée dans le 7e arrondissement, sur la belle Esplanade des Invalides, ferme ses portes après 42 ans d’existence. C’est donc la fin d’un type précis de médiation du tout premier centre culturel canadien en Europe (avant Rome, Bruxelles, Londres et New York [url/fr]), médiation qui s’effectue par le truchement de la documentation, principalement imprimée, mais également audiovisuelle. Ce n’est pas rien. Concrètement : une bibliothèque, un lieu de mémoire (¹) ferme !

Une seule réaction connue — une lettre relayée par Le Devoir — celle d’Émile Martel, important poète et traducteur québécois, mais aussi figure importante de la diplomatie canadienne, justement pour le compte du ministère des Affaires extérieures du Canada et notamment en France pour les affaires culturelles de 1987 à 1991 et 1994 à 1998 :

« 18 000 volumes ? 42 ans ? 80 000 heures d’ouverture ? Le 25 juin 2012, on met la clé sous la porte. Le 25 juin est le jour de la fermeture définitive de la bibliothèque et du centre de documentation du Centre culturel canadien à Paris. Après. 42 ans, 18 000 volumes, des dizaines de milliers d’heures d’intelligence et de curiosité, de complicité et de frustration, autant de succès et d’espérances qui cessent.
(…)
Voilà une autre institution culturelle amputée, diminuée, discréditée. Voilà une autre vitrine qu’on obscurcit. »
[url/fr]

Deux jours plus tard, ce texte (toujours dans Le Devoir [url/fr-abonnés seulement]) rapporte les craintes de certains de voir littéralement le fonds documentaire dilapidé tellement l’opération semble improvisée et ce, à un point tel que « des gens [auraient] commencé à se servir dans le fonds ». Toujours selon Le Devoir, des discussions auraient eu lieu avec l’Institut des Amériques à Paris, centre qui « rassemble 60 établissements français d’enseignement supérieur et recherche sur l’étude sur les Amériques (…) en développant une approche transaméricaine et transdisciplinaire des sociétés du continent américain » [url/fr]. Le communiqué du Ministère des Affaires étrangères du Canada n’écarte pas la possibilité que le fonds soit transféré — morcelé — vers plusieurs institutions.

De toute évidence, il est presque impossible de voir revenir en sol canadien ces ressources documentaires — accumulées pendant quatre décennies, grâce à des fonds publics — tellement le coût d’une telle opération pourrait soulever l’ire de certains autres. Qu’en est-il des ressources parmi ses 18 000 ouvrages qui étaient uniques au CCC ? Et les ressources qui datent du XIXe siècle ? Qu’adviendra t-il des outils informatisés, des bases de données [url/fr] ? Seront t-elles intégrés à un ensemble d’autres catalogues ? Quelle est la valeur monétaire estimée de cette collection ? Un don, un dépôt ? Un échange de ressources documentaires est-il imaginé avec l’institution hôte ? Qui supervise l’opération ? Finalement, de quoi au juste l’État canadien s’apprête t-il à se départir en notre nom, si ce n’est qu’un chaînon de ce qu’on nomme la « diplomatie publique » [url/fr] et qui s’ajoute aux autres mesures similaires progressivement abolies, comme en mai dernier avec le Programme international des études canadiennes [url/fr]. J’en entends plusieurs crier bien plus fort pour des scandales de bien moindre envergure.

Je suis particulièrement — et personnellement — sensible à cette fermeture fort probablement parce j’ai moi-même vécu il y a quelques années la fermeture d’un autre centre de documentation, dont l’importante collection est aujourd’hui intégrée à celle d’une autre institution; parce qu’aujourd’hui, à nouveau, je travaille dans un autre centre documentaire d’importance; parce que je crois qu’une réelle médiation culturelle s’effectue aussi avec des personnes qualifiées qui connaissent leurs ressources. J’accepte donc très difficilement ce type d’opération tout en concevant qu’il peut être nécessaire — dans de rares situations économiques, voir géo-stratégiques…! — d’en arriver à une telle nécessité. Ce sont des opérations irrémédiables… et nous sommes ici tout de même à Paris. Je me questionne sur les possibles raisons (que nous ne connaissons pas encore) et je vois, en l’absence justement de motifs raisonnables sérieux, la fermeture de cette bibliothèque plutôt comme un désengagement de l’état canadien dans la promotion et la diffusion de sa culture (au sens large) « dans le cœur des citoyens du monde » (pour reprendre ailleurs d’autres propos d’Émile Martel [url/fr]). Une fois cette bibliothèque fermée, et les ressources intégrées ailleurs, rien n’assure dans leurs formes actuelles la poursuite des opérations du Centre culturel canadien de Paris [url/fr].

_____
(¹) Raymonde Litalien, « Le centre canadien de documentation de Paris : un lieu de mémoire et d’information », Actes du Congrès de l’AAQ, XXVIe Congrès – Aylmer 1997, Sillery, Association des Archivistes du Québec (AAQ), 1998, pp. 235-240.

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