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« Le deuxième courant d’idées a une toute autre force, une toute autre rationalité, une toute autre réalité. Il commence d’ailleurs à se clarifier des éléments adventices qui lui venaient du voisinage du cosmopolitisme et des utopies où il était né. Nous proposons de lui garder le nom d’internationalisme. L’Internationalisme digne de ce nom est le contraire du cosmopolitisme. Il ne nie pas la nation. Il la situe.

Inter-nation, c’est le contraire d’a-nation. C’est aussi, par conséquent le contraire du nationalisme, qui isole la nation. L’internationalisme est, si l’on veut bien accorder cette définition, l’ensemble des idées, sentiments et règles et groupements collectifs qui ont pour but de concevoir et diriger les rapports entre les nations et entre les sociétés en général. Ici nous sommes non plus dans le domaine de l’utopie mais dans celui des faits, tout au moins dans celui des anticipations du futur immédiat. En réalité, il existe tout un mouvement de forces sociales qui tendent à régler pratiquement et moralement la vie de relation des sociétés.

Ces forces procèdent à la façon dont autrefois ont été progressivement réglés, à l’intérieur des sociétés à base de clans, les rapports entre ces clans; dont, par exemple, la tribu supprima les guerres privées; ou à la façon dont, au début des grandes formations d’États, les pouvoirs centraux eurent pour principale tâche de limiter sévèrement la souveraineté des tribus, villes, provinces, etc. Il est certain que de nos jours toute la morale et la pratique tendent à ne plus considérer des États comme les êtres absolument souverains, ayant, comme le « prince » de Machiavel, le droit naturel de faire à tous quoi que ce soit, y compris l’injuste et l’horrible, pourvu que ce soit pour son propre bien. Il existe maintenant une morale internationale.

Cette morale certes n’arrive que péniblement à son expression, plus péniblement encore à des sanctions, sauf diffuses, bien plus péniblement encore aux institutions qui seules permettront à l’internation de devenir une réalité. Mais nous ne voyons aucune raison à désespérer. Il y a au contraire des faits considérables et nouveaux qui dominent actuellement toute la vie de relation des sociétés et qui ne pourront pas manquer de s’inscrire dans la pratique et dans le droit. »

[Extrait] Édition électronique réalisée à partir du texte de
Marcel Mauss, « La nation et l’internationalisme. » (1920).
Communication en français à un colloque: « The Problem of Nationality »,
Proceedings of the Aristotelien Society, Londres, 1920, pp. 242 à 251.
Texte reproduit in Marcel Mauss, Oeuvres. 3. Cohésion sociale et division de la sociologie
(pp. 626 à 634), Paris, Éditions de Minuit, 1969, 734 pages, collection : Le sens commun.

Dans le cadre de la collection : « Les classiques des sciences sociales »
Site web : http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html
Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque
Paul-Émile-Boulet de l’Université du Québec à Chicoutimi
Site web : http://bibliotheque.uqac.uquebec.ca/index.htm

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