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Voici le texte d’une chronique initialement partagée à l’émission de radio Montréal s’EXPose sur les ondes de CIBL [url/fr], émission dans laquelle je chronique la production de livres en arts visuels principalement publiés au Québec. Il m’importe dans ces version écrites (et non celles parlées à la radio) de détailler davantage, de m’étendre sur le sujet, de compléter mes phrases, ajouter des informations, liens, etc. Ce n’est donc pas un verbatim. Vous pouvez suivre la tableau général des chroniques ici [].

Métier_CritiqueBien que ce ne soit pas une publication portant spécifiquement sur les arts visuels (ce qui sera mon mandat au sein de l’équipe à l’émission), je trouvais particulièrement justifié pour ma toute première chronique – et pour notre émission culturelle qui débute – de rappeler que la tâche et le travail auquel on s’adonne ici (bénévolement faut-il le rappeler) n’est pas anodins, possède une histoire, avec des moments riches et des époques difficile, souvent des tensions et qu’il s’inscrit évidemment dans des contextes institutionnels précis. L’essai de Catherine Voyer-Léger porte sur la critique culturelle au Québec, et concentre son analyse à la critique des médias écrits (celle des quotidiens et hebdomadaires montréalais) et celle dans les médias électroniques (télévision et radio).

Cet ouvrage n’est pas la réduction d’une thèse, ni un essai historique rédigé depuis de longues années, mais bel et bien un texte produit dans le moment présent (terminé à l’automne 2013) et qui découle d’un intérêt manifeste que porte son auteur à son sujet (pratiquant elle même le « métier » – essentiellement sur le web [url/fr] – mais aussi parce qu’elle s’est questionnée sur le sujet dans quelques articles publiés précédemment).

C’est un panorama bref (trop bref selon moi : tout juste 200 pages !) sur un sujet qui pourtant est dense, complexe et possède aussi une longue histoire. Mais son écriture est ici limpide, cohérente et progresse avec intelligence dans les multiples ramifications socio-économiques qui découlent du travail de critique culturel qui, nous rappelle-t-elle, s’il n’est pas carrément en voix de disparition dans certains médias québécois (pour ne pas dire à l’international aussi !), de tristes perspectives assombrissent son avenir.

Abordant tout à tour dans les cinq premiers chapitres de son ouvrage l’identité du critique culturel, l’espace dans lequel le travail s’effectue, l’objet de la critique culturelle, la manière de faire et le pourquoi d’une critique culturelle; elle le fait toujours en mentionnant des cas québécois issus des récentes années. Cette première partie de l’ouvrage constitue en fait une très belle introduction – un panorama – que tout jeune étudiant en journalisme (sinon tous ceux qui écrivent sur la culture) devrait lire. Elle fait le portrait des forces en puissance, souligne les risques de rapprochements (intimes et commerciaux) entre le critique et son objet, évoque la « ligne commerciale » des médias, l’indépendance éditorial, etc.

Elle mentionne aussi au passage – et ça nous concerne tous ici à l’émission – que les véritables parents pauvres de la critique culturelle parmi les grandes disciplines artistiques sont… les arts visuels ! Réjouissons-nous de l’espace qu’on nous accorde ici à CIBL et essayons d’en profiter au maximum.

La seconde partie de son essai aborde successivement la critique en ligne, la critique comme parole publique, et les responsabilités partagées, allant de celles de patrons de presse jusqu’au public… pour une saine critique culturelle – pour ne dire une saine culture de la critique.

Cette seconde partie est plus discutable selon moi, Catherine Voyer-Léger faisant montre d’un certain idéalisme quant aux responsabilités partagées… espérant une meilleure compréhension des patrons de presses. Elle porte une trop grande attention à ces dits « patrons », faisant trop l’économie – selon moi – de la réduction de l’espace – concrètement en mots et en temps – qu’on accorde à la critique.

Car selon moi c’est là que se joue l’avenir d’une certaine critique culturelle dans les médias traditionnels : le temps et l’espace… donc la longueur en mots, et conséquemment la création d’un véritable espace de dialogue. C’est là que tout le travail issu du web (qui mériterait un essai en soi) n’est pas prit assez en considération [bien qu’elle l’aborde, un peu] dans son analyse. La liberté du web [écrit, audio et vidéo] permet un renouvèlement total de cette fonction critique – justement par son éloignement du modèle médiatique conventionnel – auquel peut être l’auteur porte une trop grande attention.

Il est aujourd’hui possible de porter son intérêt [sinon ses recherches web] vers des écrits qui, sans être pleinement critiques, vont nous parler d’œuvres, d’auteurs et d’époques, souvent avec une grande intelligence [à faire rougir certains critiques] et ce, sans nécessairement toujours se « colletailler » à une actualité, ni d’intérêts particuliers, à l’écart d’un modèle moribond.

Bien que l’auteure n’aborde pas sciemment dans son analyse les critiques dites « spécialisées » ou « académiques » [elle respecte les balises qu’elle s’est fixée au départ], force nous est de constater que ces dernières, au Québec, éditent justement à elles seules une très grande partie de la critique culturelle québécoise (voir à ce titre la vivacité du catalogue des revues culturelles regroupées sous la bannière de la SODEP). Le désarroi ici d’un certain journalisme culturel [médiatique] serait à l’avantage d’une critique culturelle que l’on retrouve ailleurs [notamment dans les périodiques culturels].

L’essai de Catherine Voyer-Léger porte en lui une belle analyse de la place de plus en plus réduite de la critique culturelle dans les médias traditionnels, et sonne l’alarme quant à l’avenir de celle-ci. C’est néanmoins une lecture essentielle.

Métier critique / Catherine Voyer-Léger [auteure], Montréal, Septentrion, 2014, 209 p. ISBN 978-2-89448-790-7 (imprimé [url/fr]), 22,95 $, 978-2-89664-865-8 (PDF), 16,95 $ et 978-2-89664-866-5 (ePub), 16,95 $.

À Montréal, le lancement avait lieu le 22 août 2014, à la librairie Bonheur d’occasion, localisée au 1317 Mont-Royal Est.

« Au Québec, pendant que la culture est de plus en plus évacuée des médias au profit du divertissement, la critique culturelle, lorsqu’elle n’est pas décriée, ne fait pas toujours l’unanimité. S’interrogeant d’abord sur la mauvaise réputation de ce métier, Catherine Voyer-Léger explore la façon dont il est pratiqué et se demande ce que serait un espace critique idéal. Mais qui sont les critiques culturels ? Pourquoi leur travail est-il important ? Pourquoi demande-t-on si souvent à des vedettes de jouer aux critiques dans nos médias ? Est-ce que les nouvelles technologies changent la donne ? Qui est responsable de s’assurer que l’espace critique est un lieu sain où la discussion sur l’art peut avoir lieu ? Ce sont autant de questions qui ouvrent des pistes de réflexion dans cet ouvrage d’une grande pertinence où l’auteure invite tous les gens concernés, y compris le public, à analyser notre rapport à la critique pour entreprendre une discussion de société qui dépasserait les procès d’intention, les blessures d’orgueil ou les querelles de clocher. » – [p. 4 de couverture]

Table des matières

INTRODUCTION • Métier raté
Quelle critique ?
Les ratés
Une enfant de La bande des six
Une approche sociologique de la critique
La légitimité de la critique
Là d’où j’écris

CHAPITRE 1 • Qui sont les critiques ?
La disparition des spécialistes
Le syndrome du club de lecture
Cas critique : Les membres du club de lecture

CHAPITRE 2 • D’où parlent les critiques ?
L’autorité symbolique
L’aliénation des critiques
Les médias comme forces culturelles et économiques
Les critiques et le Québec : de la complaisance à la vindicte

CHAPITRE 3 • De quoi traite la critique ?
La critique idéale
La pente glissante du journalisme culturel
Les disciplines à l’abandon
Cas critique : Les faits divers artistiques

CHAPITRE 4 • Comment fait-on de la critique ?
La voix de la critique
La simplification ou le règne des étoiles
La critique-spectacle
Cas critique : Les étoiles

CHAPITRE 5 • Pourquoi faire de la critique ?
Le conseil de consommation
Le refus de la critique négative
Embargo et autres luttes de pouvoir
Alors, pourquoi ?
Cas critique : Le procès d’intention

CHAPITRE 6 • La critique en ligne : une nouvelle ère ?
Un secteur en mutation : le poids des blogues
La tyrannie du clic
Les limites de la démocratisation de la critique

CHAPITRE 7 • La critique, parole publique
La critique comme témoignage
La critique comme dialogue
Cas critique : Les affects et la raison
La critique comme médiation
La critique comme outil de discrimination

CHAPITRE 8 • La vitalité critique : une responsabilité partagée
La responsabilité des patrons
La responsabilité des journalistes
Cas critique : L’histoire de Philomena Lee
La responsabilité du milieu artistique
Cas critique : L’inutilité de la critique
La responsabilité du public

CONCLUSION • Métier critique
Remerciements
Bibliographie

« D’abord connue comme blogueuse, Catherine Voyer-Léger lançait en 2013 un premier ouvrage intitulé Détails et dédales (Hamac) qui regroupait des textes d’abord par sur son blogue du même titre. Son deuxième livre, Métier critique (Septentrion), connaît ces jours-ci un accueil chaleureux dans les médias, dans les écoles et auprès du public. Elle collabore aussi à plusieurs périodiques (Cahiers du Théâtre français du Centre national des arts, Nuit blanche, etc.) et projets collectifs (Jusqu’où te mènera ta langue?, L’Agenda des femmes 2014, Bonjour voisine – Collectif Québec-Haïti, etc.) en plus de tenir une chronique mensuelle au Journal de Montréal. Catherine travaille comme directrice générale du Regroupement des éditeurs canadiens-français. C’est après une formation en science politique à l’UQAM qu’elle a orienté sa carrière vers la concertation et la gestion dans le domaine culturel. Elle a travaillé à Montréal et à Salaberry-de-Valleyfield avant d’emménager à Ottawa en 2009. Animatrice naturelle, grande lectrice et passionnée des arts et de la culture, elle s’implique dans plusieurs projets comme auteure ou comme bénévole. Présidente du Théâtre de la Vieille 17, elle siège aussi sur le conseil d’administration de La Nouvelle Scène et de l’Alliance culturelle de l’Ontario. Elle poursuit actuellement une maîtrise en Lettres françaises à l’Université d’Ottawa. » — [site web de l’auteure]

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