Skip navigation

20141026_Hayeur_1

Voici le texte d’une chronique initialement partagée à l’émission de radio Montréal s’EXPose sur les ondes de CIBL [url/fr], émission dans laquelle je chronique la production de livres en arts visuels principalement publiés au Québec. Il m’importe dans ces version écrites (et non celles parlées à la radio) de détailler davantage, de m’étendre sur le sujet, de compléter mes phrases, ajouter des informations, liens, etc. Ce n’est donc pas un verbatim. Vous pouvez suivre la tableau général des chroniques ici [].

« Isabelle Hayeur : Vraisemblances / Verisimilitudes » est une monographie bilingue produite suite à l’exposition intitulée « Vraisemblances » — sous le commissariat de Marcel Blouin — présentée du 26 janvier au 21 avril 2013 à EXPRESSION, Centre d’exposition de Saint-Hyacinthe, puis du 16 juin au 15 septembre 2013 au Musée régional de Rimouski. La monographie s’intéresse à des séries d’œuvres photographiques et vidéographiques réalisées sur une période d’un peu plus de dix ans, soit de 2003 à 2013… débordant légèrement — avec les oeuvres les plus récentes — celles présentées lors des deux expositions [url/fr].

Isabelle Hayeur, comme l’indique son site web, est une « photographe du numérique » [url/fr]. Mais elle débute sa carrière à la fin des années 90 — surtout comme vidéaste— et elle est alors une des cinq jeune artistes qui se regroupent en 1997 dans le collectif Perte de signal, avant de devenir trois ans plus tard l’organisme que l’on connait aujourd’hui [url/fr]. Au début des années 2000, elle se concentre davantage à sa pratique photographique qui sera immédiatement remarquée en 2001 lors du Mois de la Photo, recevant cette année-là le Prix de la relève pour son exposition solo « Chantiers », présentée au Centre des arts actuels Skol de Montréal. Elle réintègre progressivement la vidéo numérique — haute définition — et développent également une pratique in situ. On peut dire qu’Isabelle Hayeur est l’une des photographes les plus importantes — et j’oserai dire des plus pertinentes ! — des quinze dernières années au Canada, elle été exposée régulièrement tant ici qu’à l’international et ses oeuvres figurent dans de nombreuses collections.

La présente publication comporte trois essais qui abordent trois angles : Franck Michel interroge surtout la notion de paysage, puisqu’Isabelle Hayeur porte depuis le début de sa carrière son attention sur les développements post-industriels, l’étalement urbain, les territoires incertains des périphéries des grandes villes et les transformations des paysages périurbains qui nous entourent. L’auteur souligne que la notion de « paysage » n’est pas uniquement un ensemble géographique défini (souvent grandiose !) mais aussi tout un ensemble de traces, d’empreintes, de scories et de développements successifs, d’exploitations et de manipulations humaines qui, nous rappelle-t-il, ne sont pas éloignés du processus créatif. Le paysage, c’est aussi le sol (qu’Hayeur aborde avec une série de photographies intitulées Excavations) et c’est aussi une rencontre sensorielle, qui demande à la photographe un temps… d’exploration des espaces et des lieux, espaces qui doivent être parcourus, marchés, ressentis, confrontés.

« Le paysage en ce sens, est comme une oeuvre d’art, et la terre, le sol, la nature sont comme des matériaux que les hommes mettent en formes selon des valeurs culturelles qui évoluent elles-mêmes dans le temps et dans l’espace » — Jean-Marc Besse paraphrasant le géographe américain John Brinckerhoff Jackson [url/fr-PDF] (cité par Frank Michel)

Marcel Blouin examine quant à lui la démarche et la manière de travailler d’Isabelle Hayeur — « fabricante d’images vraisemblables » — allant jusqu’à situer sa production dans la grande histoire du photomontage. Faut-il le rappeler, Isabelle Hayeur dans plusieurs séries (mais pas toutes !) produit des images dite « composites », résultats (ou accumulations) de plusieurs captations photographiques — d’un même site ou alors provenant d’endroits éloignés — qui sont ensuite juxtaposées, manipulées, agencées à l’aide d’outils informatiques. Deux types de productions s’inscrivent dans cette approche technologique et conceptuelle : celles des paysages existants mais impossible à photographier d’une seule prise… puis celles des « paysages inexistants ». Blouin précise que deux approches caractérisent la pratique du photomontage, soit de rendre visible « la cicatrice du collage » et d’une autre part, de créer un « haut degré de vraisemblance ». Le travail d’Hayeur s’inscrit exclusivement dans cette seconde catégorie. Et il est encore possible d’être stupéfaits — même après plusieurs expositions d’Hayeur — devant justement ces « vraisemblances » ainsi créées. Blouin rattache également le travail d’Hayeur à la peinture (davantage proche de la présentation que de la représentation souligne t-il) et même à la sculpture (établissant une analogie entre le stockage des matériaux visuels de la photographe avec la gypsothèque d’un Auguste Rodin par exemple), Hayeur proposant un travail oscillant entre les réalités… réelles, plausibles, imaginées, inventées, fabriquées.

20141026_Hayeur_7

Mais au-delà de cette maîtrise technologique, il y a toujours chez Hayeur un propos écologiste ou « écosensible », politique et sociale, cohérent. C’est ce que le court essai de Bénédicte Ramade, le troisième de la monographie, permet de contextualiser. L’auteure rappelle alors l’importance de l’exposition américaine New Topographics : Photographs of a Man-Altered Landscape (initialement en 1975, puis refaite en 2009 [url/ang]) et les travaux des photographes regroupés sous l’Altered Landscape School — surtout le lexique visuel de ces photographes — permettent de rattacher l’émergence (sinon la formation) du travail d’Hayeur à la fin des années 90. Cet « héritage », Isabelle Hayeur l’intègre et le dépasse en évitant le « sermon visuel » ou « la délation ou le discours écologique manichéen », privilégiant selon Ramade un « entre-deux ».

20141026_Hayeur_2

Quelques mots en terminant sur la mise en page de l’ouvrage : après le Mot des éditeurs et les textes (fr.) des trois auteurs évoqués plus haut — au centre du livre donc — sont reproduites les quelques 70 photographies sans titre, ni date ni indications quant à leur appartenance à une série particulière. Elle nous sont offertes ainsi en bloc. Il y a certes une liste des oeuvres reproduites à la fin de l’ouvrage comprenant toutes ces informations d’usage, mais ce tout petit détail, dirigé vers (et pour) une véritable lecture visuelle, favorise notre « imaginaire écologique » (B. Ramade), établi une « dialogue avec le spectateur » (M. Blouin) et nous incite « à vivre autrement les paysages qui nous entourent » (F. Michel).

20141026_Hayeur_6

20141026_Hayeur_5

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s